Roman

Jeudi 29 Janvier 2009

L’erreur est humaine - Woody Allen

En entrapercevant la couverture jaune flamboyant du dernier livre de Woody Allen, la première pensée aura été de se demander si « L’erreur est humaine » n’était pas la réédition d’un ancien livre oublié. Vérification faite, non.

Le maladivement new yorkais publie donc une série de nouvelles inédites (très courtes) où se côtoient, comme d’habitude, le drôle, l’absurde et des situations que le commun des mortels fuirait à toutes jambes. Très inspiré par l’actualité insolite et les faits divers (l’auteur lit beaucoup le magazine « Times », très cité dans l’ouvrage), Allen rebondit sur des thématiques où il a visiblement décidé de mettre son grain de sel de sa patte la plus inimitable. Il malmène ainsi ses quelques démons de toujours comme la physique quantique, la philosophie, les pseudos écrivains à tendance maxi-intello, les producteurs véreux et les scénaristes à la ramasse ou encore les entrepreneurs du bâtiment (une vengeance personnelle ?), la vente de prières par Internet, Mickey Mouse et même les arracheurs d’étiquettes de matelas, de dangereux pervers. B[Avec tout ça, inutile de dire que les aficionados du névrosé réalisateur y retrouveront leur Maître dans toute sa splendeur.]b

Toutefois, il faut bien avouer que la mécanique bien huilée des textes laisse parfois un goût de monotone et de déjà vue pour qui connaît bien l’œuvre d’Allen, qu’elle soit cinématographique ou littéraire. B[On peut aussi reprocher dans cette traduction la présence d’énormément de références un peu obscures,]b faute d’explications de la part de l’éditeur.

« L’erreur est humaine » est à mettre, quoi qu’il en soit, entre toutes les mains pour qui a envie de passer un (très) bon moment avec la « rigolitude » en bandoulière.

DesMurmures

Roman


Les cerfs-volants de Kaboul - Khaled Hosseini

Sans exagération aucune, j'ai mis 2 jours à me remettre de la lecture de ce livre. Impossible d'entamer un nouveau tant son souvenir et l'émotion liée sont restées vivants.
Les cerf-volants de Kaboul est un ouvrage bouleversant tellement, bien que roman, son histoire touche au plus proche de la réalité avec le défilement d'une vie, parsemée de réussite et de grands malheurs.

L'histoire est celle de deux enfants, Amir et Hassan. Deux enfants afghans de Kaboul -de cet Afghanistan d'avant 1978 et l'arrivée des Russes, que tout sépare de par leurs origines et leurs conditions sociales (Hassan est Hazara et le serviteur d'Amir) mais que l'enfance et l'amour lient d'une force impressionnante.

Malgré cet amour, Amir, enfant perturbé (sa mère est morte en le mettant au monde), va être capable des pires méchancetés pour tenter de conquérir l'amour de son père au sacrifice de sa paix intérieure et du bonheur de ceux qui l'entourent. La suite ne peut pas se raconter sans enlever du suspens à la tragédie du livre. Quel génie d'écriture qu'est celui de Khaled Hosseini. Il nous attrape dans ses filets dès la première ligne du livre et nous garde avec lui bien après la dernière. J'ai lu des heures durant en ayant l'impression qu'il ne se passait que des minutes.

Ce livre englobe des faits historiques, de l'humour, du suspens, de l'émotion...et une très belle morale. Un bijou tragique dont il est difficile de gérer l'éclat de l'émotion qui s'en dégage pour les âmes sensibles comme moi.

Deux extraits qui montrent l'ironie sarcastique parsemée à travers le livre :
"…avec les hommes, c'est facile, nous assena-t-il en pianotant sur son bureau en acajou. Leur plomberie est à l'image de leur esprit : simple et sans surprises. Les femmes, en revanche...ma foi, Dieu a longuement médité votre conception."

"…Agha, on vous a déjà raconté comment le mollah Nasruddin a réagi quand sa fille s'est plainte auprès de lui d'avoir été frappée par son mari ?...Il l'a rouée de coups lui aussi, puis l'a renvoyée chez elle dire à son mari qu'il ne laisserait personne se payer sa tête : cette ordure avait osé battre sa fille ? Qu'à cela ne tienne, lui battrait sa femme en représailles?"


Et un extrait qui explique le tragique de l'histoire de départ :
"Je sais avec quelle dureté ton père t'a traité quand tu étais petit. Je sentais ta peine, ton besoin d'affection, et mon coeur saignait pour toi...."

Nathalie Château-Artaud

Roman

Jeudi 15 Janvier 2009

Désert - Le Clézio

Beaucoup de points identiques dans l'histoire de Lalla avec celle de Laïla. Cette naissance dans le sud du Maroc, son départ pour la France, ses rencontres et son retour au pays natal.

Mais l'écriture est complètement différente. Beaucoup plus poétique mais faite de longueurs. A plusieurs reprises, j'ai ressenti la sensation bizarre de "déjà lu".

En parallèle à l'histoire de Lalla, l'auteur raconte l'histoire de Nour, celle des hommes bleus partis à travers le désert et le Nord du Maroc en quête de liberté et de terres nourricières puis massacrés au printemps 1912 par les coloniaux chrétiens du colonel Mangin.

Ce livre, pour être apprécié, pour pouvoir entrer dans l'histoire et s'en imprégner, doit être lu d'un trait. On peut alors vivre de très belles émotions littéraires, historiques et imaginaires dont on a d'ailleurs pas envie de se détacher.

Si malheureusement le temps manque pour cela et si on le lit par à coups, c'est la lenteur, la redondance et les répétitions qui nous marquent alors.

Nathalie Château-Artaud

Roman

Lundi 12 Janvier 2009

Poisson d'or -  Le Clézio

Quète de liberté, quète de soi, voilà le fil conducteur de l'histoire de la jeune Laïla, volée à l'âge de 6 ans dans le Sud du Maroc, rendue sourde d'une oreille après avoir été battue, puis vendue à une vieille femme.

La vie de Laïla après la mort de celle-ci, devenue comme sa grand-mère, ne sera que soif de liberté. Elle ira de rencontre en rencontre pour se rendre compte que la gentillesse de ces bienfaiteurs n’est en fait que des filets qu'on tente de lancer au-dessus d'elle.

Laïla va découvrir la méchanceté des hommes, celle qui lui est si familière depuis son enfance.
Malgré sa lutte acharnée contre celle-ci, contre les filets et les lassos tendus au dessus d'elle, elle va s'engouffrer dans les problèmes en trouvant (bien que sourde) des bouffées de liberté grâce à la musique.

La fin ne se raconte pas...elle se lit...elle se vit.

Extraits :
"j'ai compris que ce n'est pas Martial, ou Abel, ou Zohra, ou M. Delahaye qui sont dangereux, ce sont leurs victimes qui sont dangereuses, parce qu'elles sont consentantes."

" Maintenant je jouais, je n'avais plus peur de rien. Je savais qui j'étais. Même le petit bout d'os qui s'était brisé derière mon oreille gauche, ça n'avait plus d'importance. Même le sac noir, et la rue blanche, le cri éraillé de l'oiseau de malheur. Ni Zohra, ni Abel, ni Mme Delahaye, ni même Jup, tous les gens qui partout épaient, chassaient, tendaient leur filet."

"Ici, en posant ma main sur la poussière du désert, je touche la terre où je suis née, je touche la main de ma mère."


Nathalie Château-Artaud

Roman

Dimanche 11 Janvier 2009

Le soleil des Scorta - Laurent Gaudé

  • Il y a des auteurs et des livres qui méritent vraiment les prix qu'ils obtiennent et c'est bien le cas de ce dernier qui a reçu le prix Goncourt des lycéens 2002 et le prix des Libraires de 2003.
  • Il y a des auteurs et des livres qui font passer une telle émotion qu'on ne peut rester insensible.
  • Il y a des auteurs et des livres qui vous "prennent les tripes" et que vous ne pouvez oublier.

L'histoire de cette famille Italienne dont l'ancêtre bandit croyait condamner les siens à la souffrance fait partie de ces histoires qui restent dans votre tête car elle est pleine d'Amour.

Elle est tellement belle qu'il ne vaut mieux pas la raconter mais la lire car c'est une pure merveille! Bravo et merci Monsieur Gaudé pour les larmes que vous nous faites verser et pour le plaisir que vous nous donnez à lire votre roman!

Catherine Château-Artaud

Roman

Dimanche 4 Janvier 2009

Un homme - Philip Roth

Un livre intéressant qui relate tout simplement la vie d'un homme.

Alors qu'on assiste aux funérailles du personnage principal du livre, l'auteur revient sur la vie de cet homme marqué par la maladie.

Un homme qui regrette d'avoir gâché son deuxième mariage alors qu'il avait trouvé la femme de sa vie car il ne pouvait pas résister au charme de la première venue. Un homme détesté par ses deux fils et adoré par sa fille; un homme comme beaucoup qui arrive au terme de sa vie avec plus de regrets que de satisfactions mais qui finit par accepter sa fin sans croire que celle-ci puisse arriver.

Un livre philosophique qui nous donne l'impression de penser à travers Philip Roth et son héros.

Catherine Château-Artaud

Roman

Mercredi 24 Décembre 2008

La Porte des Enfers - Laurent Gaudé

Une livre original et prenant mais à ne pas mettre dans les mains de gens angoissés car vous allez être transportés en enfer!

L'histoire est très triste car un enfant va être tué lors d'une fusillade à Naples et la vie de ses parents va ainsi basculer. La mère de l'enfant va demander à son mari de tuer l'assassin mais le courage va lui manquer.

Son courage sera cependant sans bornes lorsqu'après avoir rencontré un travesti il va faire la connaissance de trois autres personnes qui vont lui permettre de descendre chercher son fils en enfer...

Voilà donc une histoire bien sombre mais bien écrite et qui ne peux pas se lâcher. La fin m'a juste un peu déçue mais elle correspond au livre!

Catherine Château-Artaud

Roman

Dimanche 14 Décembre 2008

Gens des nuages - Jemia et J.M.G Le Clézio

Comment un livre qui ne raconte que le voyage dans l’extrême Sud du Maroc peut-il autant accrocher ?

D’ordinaire je ne suis pas fan de récit de voyage mais là, Le Clézio de part son écriture poétique et de par son incroyable culture, m’a tenue de la première à la dernière page. Il nous fait voir une image de cette partie du monde rude et désertique à travers son histoire et sa spiritualité.

La démarche de ce voyage est le retour de sa femme Jemia à ses origines, à l’époque où ses grands parents ont marché durant des mois, voir des années pour avancer vers la « civilisation ».

Extraits :
« (…), celui qui entre dans la vallée est pénétré de cette vérité. L’eau et la religion sont partout. L’on marche sur l’extraordinaire réseau artériel qui fait vibrer la surface de la terre.
Il se pourrait que le devenir des hommes, fait d’injustice et de violence, ait moins de réalité que la mémoire des lieux, sculptée par l’eau et par le vent. Alors la sagui el Hamar est bien a source de l’histoire, pour ainsi dire contemporaine des origines. N’est-ce pas là ce que nous sommes venus chercher : le signe de l’origine ? »
« Nous avons pensés à la parole d’Ibn el Jalal qui assignait à l’homme, comme sa plus haute tâche, la perception dans cette vie d’une « vérité sans forme ». »
« Ça n’est pas par les armes que les maîtres soufis luttent contre le mal, c’est par la puissance de leur verbe, par l’exemple de leur pureté, par la force de leur sacrifice.
(…) Ce qui brille dans la Saguia el Hamra, ce ne sont pas les palais ni les mosquées. C’est la nudité et le silence admirables d’une vallée où, parce qu’il n’y a rien qui vienne troubler les sens, l’homme peut se sentir plus près de Dieu. »
« Ici, dans cette vallée où les étrangers disent qu’il n’y a rien, mais où il y a, au contraire, la plénitude de la pensée et l’infinité de l’amour. »
« La bénédiction que Sidi Ahmed el Aroussi a donné à son peuple ne peut être entamée par aucune puissance terrestre, il n’est pas de loi ni de monarque qui puisse la détruire. Elle est en cela semblable au désert : un langage éternel, une perfection sans temps, une vérité sans corps. »


A lire et à méditer tout l’épilogue qui est vraiment très beau.

Nathalie Château-Artaud

Roman

Samedi 13 Décembre 2008

L’enfant multiple - Andrée Chedid

Très jolie histoire d’un petit enfant qui n’en paraît pas un du fait de la maturité qu’il a du acquérir par la force de choses.

Victime d’un attentat dans son pays en guerre (je n’ai pas réussi à savoir duquel il s’agissait car à aucun moment ce pays est nommé), orphelin de père et de mère et manchot suite à ce tragique accident, Omar-Jo est recueilli par son grand-père paternel avec lequel il entretient une relation très forte jusqu’à la fin de son rétablissement. Pour le sauver et pour lui permettre de voir autre chose que la guerre ce grand-père, Joseph, l’enverra chez des cousins à Paris. Omar-Jo alors, plus ou moins laissé à lui-même, tombera amoureux d’un manège en perdition. Son propriétaire, Maxime, un quinquagénaire qui a choisi de baisser les bras, acceptera de prendre l’enfant qui fera par la suite de son « jouet » une attraction extraordinaire et fructueuse.

Ce livre est plein d’humour et de tendresse. Il nous met face à cette force que peuvent développer certains, les plus touchés par la vie.

Il demande par contre une certaine gymnastique de l’esprit en passant d’un chapitre à l’autre entre l’histoire de l’enfant et celles des différents personnages de son entourage.

Nathalie Château-Artaud

Roman



Labyrinthe des sentiments - Tahar Ben Jelloun
Roman irrégulier tant dans son écriture que dans son rythme. Je n'ai pas réussi à être absorbée par l'histoire de ce poète marocain amoureux de Naples et des femmes. Naples justement qui revient sans cesse dans d'interminables descriptions imagées et non imagées. Si je devais compter le nombre de fois où le nom de "Naples" est écrit je mettrais des heures. C'est trop à mon goût.

Je n'ai pas réussi non plus à trouver de la sympathie ni même à être attendrie par cette jeune marocaine prostituée sous le joug de la mafia albanaise qui ne comprend pas l'amour pure et platonique que semble vouloir lui offrir le poète alors qu'elle devrait respirer cet amour, elle qui dit tendre de tout son être vers lui et qui n'a connu depuis son adolescence que l'acte bestial et monnayé.

Cette femme, qui -devrions nous croire- est amoureuse de ce premier homme venu et qui ne devrait voir en lui qu'autre chose qu'un passeport vers la liberté et l'argent sans obligation de "coucher". Elle qui pour le charmer ne sait que lui dire : "la mousse tiède (du café) me rappelle le lait des hommes" et qui poursuivait en citant les quarante noms que la langue arabe donne au sexe des femmes.

Elle qui lui dit lors d'une séance de dédicaces : "ta signature, je la veux entre mes cuisses, sur mon pubis, il est épilé et attend que tu y graves ta dédicace. Si tu laisses ton empreinte là, je ne pourrai plus jamais ouvrir les jambes à quelqu'un d'autre que toi." Moi je n'y ai vu (peut-être à cause de mon lieu de vie : le Maroc justement) qu'une jeune femme marocaine tombée dans le piège de la fesse et du fric avec comme excuse d'être issue des quartiers pauvres de la périphérie de Casablanca. Une fille de cette nouvelle génération qui ne voit que la solution de facilité et qui cherche par la suite désespérément à trouver un homme de bonne situation en lui parlant d'amour et en montrant son chemin entre ses jambes pour se la couler douce par la suite.

Nathalie Château-Artaud

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