Roman


Le soleil se lève aussi – Ernest Hemingway
Le décor est planté : Paris dans les années 20, des expatriés américains noient leur malheur et leurs blessures dans l’alcool et la fête. Jake, journaliste dans ses rares instants de sobriété, entre un vin blanc matinal et un calvas nocturne, est désespéramment amoureux de Brett Ashley. Cette aristocrate, à la beauté irrésistible, n’est malheureusement pas d’une nature fidèle…les plaisirs sensuels remplacent un attachement amoureux, incompatible avec sa nature sauvageonne. Toute cette tribu titubante décide de partir en Espagne, à Pampelune, pour la San-Firmin. Au rythme de la tauromachie et des dérives festives, de nouvelles passions et d’innombrables jalousies vont faire comprendre à Jake qu’il ne réussira jamais à capturer le cœur de la belle Brett Ashley, animal indomptable, trop avide de liberté.

Morceau choisi :
«Elle éteignit sa cigarette :
-J’ai trente-quatre ans, tu sais. Je ne veux pas être une de ces garces qui débauchent les enfants.
-Non.
-Je ne veux pas devenir comme ça. Je me sens vraiment bien, tu sais, vraiment d’aplomb.
-Tant mieux.
Elle détourna les yeux. Je crus qu’elle cherchait une autre cigarette. Puis je vis qu’elle pleurait, qu’elle tremblait et qu’elle pleurait. Elle évitait de me regarder. Je la pris dans mes bras. »

Mon avis :
Le style Hemingway dans toute sa splendeur : des phrases courtes, percutantes, peu de qualificatifs, une priorité donnée aux dialogues et un moindre attachement à la psychologie. Le lecteur laisse ainsi voguer son imagination pour combler les zones d’ombre volontairement semées par l’auteur. J’ai particulièrement aimé ce style « désenchanté », toute cette désillusion environnante, ces fêtes forcenées, cette dignité qui s’effrite. Et surtout, il ne faut pas oublier, que ce livre reste un récit de voyage entre le Paris artistique de l’époque et la feria de Pampelune. De quoi envoûter les aficionados et amoureux de l’Espagne !

Emilie Genévrier


Roman


Le dernier chasseur de sorcières - James Morrow
"En 1688, Jennet, fille d'un célèbre chasseur de sorcières, a douze ans. Sa tante Isobel, grande admiratrice de Newton, se voit accusée de sorcellerie parce qu'elle a réussi à expliquer des phénomènes naturels tenus jusque-là pour divins. Jennet part à Cambridge dans l'espoir de convaincre Newton de venir témoigner à son procès. Mais Isobel est condamnée au bûcher et Jennet jure de consacrer sa vie à l'abolition de la loi contre la sorcellerie..."

Racontées par le livre "Philosophiae naturalis principia mathematica" d’Isaac Newton, les aventures de Jennet vous feront aller de l’Angleterre puritaine, qui brûle ses sorcières, à Nouveau Monde, qui ne fait pas mieux, en passant par une île déserte, où se terrent des esclaves en fuite et les forêts de Pennsylvanie où vivent les Micmacs.

Procès en sorcellerie, amour de la science, relation avec les grands hommes de l’époque, tout, vous saurez tout sur les tribulations de Jennet pour faire abolir cette loi archaïque !

On y croise le Dr Cavendish, fier propriétaire d’un musée des horreurs, Isaac Newton, un peu fou mais toujours vaillant, Benjamin Franklin, amoureux des mots, Montesquieu, défenseur de la logique et bien d’autres.

Certains passages sont un peu lourds, mais le reste est savoureux !

Jennet risquera donc sa peau pour l’amour de la science, pour prouver au monde que les démons ne sont qu’une vue de l’esprit.

A savourer !!!

Julie Duteis


La culture du sang. Fatwas, femmes, tabous et pouvoirs - Amin Zaoui
Paru en 2003 chez "Le serpent à plumes".

Un titre programmatique. Pour un livre en forme de cri qui met le feu aux globules du sang.
Né en Algérie dans la région de Tlemcen, Amin Zaoui est un écrivain doué qui écrit indifféremment en arabe et en français. Après avoir dirigé le Palais des arts et de la culture à Oran, il est forcé de quitter l’Algérie pour la France devant la violence de la censure et des fatwas qui pèsent sur les intellectuels algériens, dont la parole est jugée par les intégristes trop émancipée. Trop émancipatrice, sûrement.


Un rôle clef au contact de la culture vivante qui a permis ce livre-témoignage qu’est la Culture du sang.
Entre 1995 et 1999, Amin Zaoui donne des conférences partout en Europe pour l’université de Paris VIII.
Il confiera que « ce recul (lui) a permis de voir l’Algérie de l’extérieur et de méditer sur (son) pays, sur (lui)-même…

Dans La Culture du sang, l’écrivain rend hommage, à travers une forme libre qui tient de l’essai, de la prière, de la harangue et du cantique, à toutes les victimes du fanatisme. Il recontextualise la montée des fatwas avec l’islamisation du FLN. Celle du Cheikh Abderrahmane Chibane, ministre des affaires étrangères quand il la proclame en 1981 : « Quiconque nie le caractère du jeûne mérite la peine capitale et son corps ne sera pas inhumé dans un cimetière musulman. »

Musulman, il n’hésite pas à mettre le doigt là où ça fait mal, à s’insurger contre ce qu’il considère comme un trait de l’islam islamisé : La Culture du sang.
Ce sang, pulsion de mort et d’oppression, stigmate de la haine, omniprésent dans la fête de l’aïd (« on apprend à tuer ce qu’on aime sans remords »), la circoncision et surtout l’infâme excision. Squattant le langage, et preuve impudique dans la cérémonie qui précède le mariage, vérifiant l’intégrité de l’hymen. « Ainsi le sang se banalise. » résume-t-il en une phrase couperet.

Il raconte les faux-barrages, la peur, les plus grands intellectuels algériens en exil ou assassinés, les amis qu’il a perdus et l’Islam qui se perd. La beauté du soufisme. Hommage à Kateb Yacine, à Oud-abderrahman Kaki…

Mais Amin Zaoui ne livre pas un chant sans espoir.
Sa plume aussi précise, argumentée que lyrique, est émaillée de passages qui disent la vie de son écriture serrée pleine de déliés poétiques :
« Les chanteurs , comme les prophètes, délirent dans la pleine raison. J’entends le bruissement de la mort ou de la mer. J’entends la grisaille d’une femme blessée qui crie ou qui chante : « pour ne pas mourir, je suis plurielle. » Géographie de caresses blessées. Ô mon ami qui pars ce soir, reste, une heure de plus, une heure encore(…) Nous partagerons un verre de vin, cuvée de Mascara ou cuvée de Président. »

A lire de toute urgence. Pour ceux qui croient en la vie. Pour ceux qui se refusent à voir se réduire à une caricature extrême, à censurer-claquemurer ce monde arabe qui nous a déjà tant apporté.

Elise Mark-Walter


Roman

Jeudi 2 Novembre 2006

L'invitée - Simone de Beauvoir
Si comme moi, vous êtes intrigués par la relation passionnelle qui unissait le mythique couple Beauvoir/Sartre, « L’invitée » le premier roman du Castor (édité en 1943) vous donnera quelques clés sur leur « pacte », sur une de leur relation triangulaire avec une jeune élève de Simone, Olga Kosakievicz (ici Xavière) et sur le fonctionnement de leur « petite famille » : amis et amants qui partageaient leur vie souvent à tour de rôle.

Il m’est très difficile de résumer ce roman quasi autobiographique tellement la complexité des sentiments qui y sont traités fait appel à nos propres ressentis -pour ne pas écrire ressentiments- avec toute la grâce et la philosophie d’une femme comme Simone de Beauvoir…

Françoise et Pierre forment un couple d’intellectuels à la vie sociale dense dans le Montparnasse des années 30. Un jour, Françoise décide de prendre sous son aile une jeune fille Xavière qui se révèle à la fois précieuse, fragile, capricieuse, touchante, orgueilleuse et encombrante ! Peu à peu, Pierre adopte également la jeune fille et Françoise la lui abandonne. Ce roman narre, du point de vue de Françoise, cette relation à trois qui détruit doucement son couple ; elle n’a de cesse de lutter contre sa jalousie tout en la niant.

J’ai dévoré ce livre plus féminin que féministe tout en ayant l’impression d’en apprendre plus sur Sartre, presque une biographie !

Céline Richard


Roman


Train de nuit pour Lisbonne - Pascal Mercier
Éditions Maren Sell

Ceux qui aiment prendront le train !

La vie de chacun peut basculer à tout instant. Cela vaut pour un professeur de langues anciennes. La rigueur même. L’érudition personnifiée.
Si le thème n’a rien de neuf, il se régénère dans le roman du bernois Pascal Mercier en collusion avec d’autres plus inventifs. Comme le lien de chacun à la langue. L’impact des mots et de leurs sonorités sur une vie. La culture peut-elle remplacer Dieu ?


Une femme sera à l’origine du séisme. Une apparition mystérieuse dont Raimond Gregorius, dit « Mundus », ne connaît que le pays natif, le Portugal.
Cet homme pour qui les mots sont chair fera aussitôt une deuxième rencontre : celle d’un livre. De ceux qui vous font tout quitter. Ecrit en portugais, la langue envoûtante de l’inconnue. La nouvelle voie de l’Inconnu. Le fruit défendu. L’une des rares langues dont l’érudit ignore tout. La tentation est trop forte, le professeur sèche ses cours et part.

Grammaire portugaise en poche, il embarque pour Lisbonne, pris par le double désir de retrouver la belle inconnue et de recomposer l’histoire d’Amadeu de Prado, écrivain auto-édité aux longues phrases implacables entre Montaigne et Pessoa. Un philosophe de l’âme, un « prêtre sans église ». Le désir de la langue prend alors le pas sur le désir de la femme. Mundus, le professeur qui synthétisait le monde pour ses élèves, tous confits en dévotion, aura à affronter le monde physique. Seul, déraciné, sans statut, sans aucun auxiliaire qu’un livre à déchiffrer.

Projeté dans le rôle du biographe, l’anti-héros myope se confronte à ce vivant qu’il élude en enseignant latin, grec et hébreux. Il part à l’assaut d’une langue et d’un pays qu’il ne connaissait pas la veille. Lit dans une école pleine de rats pour se mettre en contexte. Reconstituer la vie ténébreuse d’Amadeu de Prado liée à l’histoire du Portugal est une manière de mettre en perspective la sienne.

Une narration émaillée de longues citations du livre fictif d’Amadeu de Prado. Avec des passages forts qui revigorent l’esprit et d’autres plus dispensables, car ralentissant l’intrigue. Ce parti pris d’un livre dans le livre était difficile à tenir. L’oeuvre fictive, voix autonome, finit par dépasser l’intrigue, par l’écraser. Dans le fond et dans la forme.

Pascal Mercier, philosophe de métier a-t-il voulu mettre en exergue un pan de son travail ?
Un roman d’une rare qualité de langue et de pensée qui ne faiblit au fond que par ses choix narratifs.
Elise Mark-Walter


Roman

Samedi 28 Octobre 2006

L’Enfant Bleu - Henry Bauchau
Dans le Paris des années 70, Véronique, est psychothérapeute dans un « hôpital de jour » qui accueille des enfants perturbés. Parmi eux, Orion, âgé de 13 ans est psychotique et fait des crises très fréquentes. B[Intriguée par son imagination et sa capacité à entrer dans les histoires qu'elle lui raconte, Véronique tente de le libérer de ses démons en l'emmenant vers le dessin et la sculpture]b où il semble avoir du talent et des facilités.

Dans ce roman, Henry Bauchau nous livre son expérience de la psychose et son analyse. Il aborde ainsi les thèmes de la folie, de la souffrance, du chaos mental et de l'art brut. Au fil des pages je me suis attachée autant à l’enfant qu’à sa « psycho-prof un peu docteur » car leur cheminement difficile, pour l’un comme pour l’autre, nous est décrit de manière très réaliste.

B[Ce livre nous ouvre au monde de ceux qui ne sont pas comme les autres et qui pourtant ont une immense richesse en eux et à apporter à la société : il nous ouvre à plus de tolérance.]b

Nathalie Chateau-Artaud


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