BD


Mon année - Jean-David Morvan & Jiro Taniguchi
« Mon année », c’est la rencontre de Jean-David Morvan, scénariste français confirmé, et de Jirô Taniguchi, dessinateur japonais, étonnamment inspiré par des paysages normands en aquarelle qu’il n’a pourtant pas l’habitude de porter sur ses planches de mangaka. Un manga format BD, colorisé, avec couverture hyper-rigide, à feuilleter dans le sens de lecture latine, qui évoque avec pudeur et humanité le thème de la trisomie 21.

L’histoire en quelques mots…
Capucine, 8 ans de vie, 8 années à ressentir le mal-être, les incertitudes, les conflits que provoquent sa condition, mais aussi les infimes moments de bonheur générés par un progrès ou un sourire lors d’une séance d’équitation d’éveil. Son handicap, lourd mais pas fourvoyant, contraint néanmoins sa directrice d’école à suggérer à ses parents un placement en IME. Un sigle difficile à envisager pour l’avenir de leur fille et trois lettres qui vont les conduire à se déchirer, s’éloigner voir à se perdre, tant la souffrance et le désespoir les morfondent. Des états, des attitudes, des changements comportementaux que Capucine ressent, interprète avec ses yeux d’enfants et qu’elle confie parfois naïvement à son chien « garçon ».

Mon avis…
Pas d’édulcorant, pas de mièvrerie, pas de guimauve pataude, juste une intelligence, une prise en compte et en charge de chaque personnage, une étude poussée de leur ressenti et une finition professionnelle ressortent de ce premier volume, nommé « Printemps ». Le récit peut certes paraître lent, stagnant, mais il laisse le temps aux lecteurs de mûrir chaque question soulevé : est-il possible d’assembler sans fausses notes les pièces du puzzle vie de famille-vie conjugale, quand un petit être trisomique est venu compliquer et embellir la donne ? N’a-t-on pas tendance à fuir, à chercher l’oxygène loin des nôtres, trop porteurs de souvenirs et de traits soucieux ? Les yeux d’un enfant souffrant de ce symptôme sont-ils plus concrets ou bien plus rêveurs ? Les auteurs n’enfoncent pas non plus ce thème dans une lourdeur glauque et dérangeante, les situations sont justes réalistes, les mots profonds, mais non pesants. Au contraire, les croquis colorés allègent et fluidifient l’histoire, même si les traits du mangaka sont assez mécaniques et répétitifs. J’aurai peut-être apprécié avoir plus de nuances dans les regards, notamment pour mettre en exergue les angoisses et appuyer davantage le texte de Jean-David Morvan.

J’attends désormais la venue de « l’été », avec une certaine impatience, pour comprendre où aboutira chaque protagoniste, pour profiter à nouveau de ce ton franc et sans équivoque, mais également de ces sentiments, ni simplistes ni moroses, mais tout bonnement vrais.

Emilie Genévrier