Haïku-riosités Zesthétiques – Pierre-Olivier Lombarteix
Fervent amateur du monde gaélique, terres explorées dans ses précédents polars ethniques « Ogham » et « Runes » (publiés aux Editions du Temps), Pierre-Olivier Lombarteix s’est cette fois-ci tourné vers l’Orient, en nous proposant un recueil de haïkus (Editions Collodion).

Kesaïku?

Un poème vif, de trois lignes, qui répond à un rythme codifié en 5-7-5 syllabes. Haïk-ou ou haï-ku ? Un mystère pour bon nombre d’occidentaux, dont s’est délecté l’auteur, en jouant sur cette double sonorité pour intituler chacun de ses tercets.

Loin de rendre les notions conventionnelles de saison, de nature et de césure qui animent cet art japonais, « Haïku-riosités Zesthétiques » (quiconque réussit à prononcer le titre de ce recueil en une inspiration, lors de sa découverte, gagne toute mon admiration!) se veut davantage une compilation de mokis ou de haïkus dit « de circonstance ». Pourquoi ? Car l’auteur n’a de cesse de s’amuser de calembours et de paradoxes, tout en respectant les contraintes académiques qu’impose cette forme de poésie. Après tout, les règles sont faites pour être enfreintes et il l’a bien heureusement compris!

D’ailleurs, cet apprenti haijin a compilé trois points essentiels dans son recueil: amusement, allusion et implicite. Des concepts fondamentaux pour les haïkus modernes, de ceux démocratisés par les journaux japonais, qui ne se veulent pas jeux de maître, mais davantage jeux d’esprit. Car ce qui m’a séduit, c’est bel et bien sa drôlerie, sa légèreté (l’auteur s’étant même essayé à l’art du senryû grivois), cette utilisation malicieuse des sonorités et cette invitation à trouver jeux de mots, double-sens ou polysémie dans chaque page écoulée.

haïku
De mâles abeilles –
Sur une chanterelle orangée
Au cumin pareils

Tous les éléments sont réunis pour les amoureux du Japon et des instants pris sur le vif : des estampes verticales et rouge sang du plasticien Jacky Essirard, un papier à la tenue épaisse rappelant le monde végétal, des plages blanches pour laisser place à la respiration. Mon seul regret : que ces haïkus se mêlent à des poèmes plus « classiques » en fin d’ouvrage, pas assez endiablés à mon goût. Quitte à être aux antipodes des canons de notre poésie classique, il fallait oser le tout-haïkou !

Reste à savoir si le prochain ouvrage de Pierre-Olivier Lombarteix ne s’intitulera pas « Tanka-tenter, Tanka-ïkus » ? Une recette savamment dosée entre 17 syllabes de haïku et 14 syllabes de tanka, porteur de sentiments humains.

Emilie Genevrier