Roman

Le magasin des suicides - Jean Teulé

Mercredi 21 Février 2007


Le magasin des suicides - Jean Teulé
Attention, amateurs d'humour noir, voilà LE roman de la rentrée 2007! Je défie quiconque en tant soit peu friand de drôlerie, de jeu de mots et d'esprit de controverse de ne pas adhérer à cet ouvrage, relativement court, qui va vous faire mourir...de rire (elle était facile, je le reconnais, j'en suis même presque honteuse d'ailleurs, mais j'ai succombé à la facilité de ce bon mot!).

La présentation de l'éditeur:
"Entreprise familiale, le Magasin des Suicides prospère dans le malheur jusqu'au jour où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre. Imaginez une petite entreprise où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients pour se suicider. Bienvenue dans le Magasin des Suicides, au célèbre slogan : « Mort ou remboursé ! » Mishima Tuvache, le père, spécialisé dans les morts violentes, dirige la maison d'une main de fer. Lucrèce, la mère, adepte de l'empoisonnement, confectionne elle-même des mixtures fatales. Vincent, le fils aîné, projette la création d'un parc d'attractions sur le thème du suicide. Sa soeur, Marilyn, qui se croit moche et inutile, voudrait en finir avec l'existence, mais ses parents lui rappellent que : « Chez les Tuvache, on ne peut pas se suicider parce que sinon qui tiendrait le magasin ? ». Dans cette famille malheureuse et contente de l'être, le destin a frappé le jour où Mishima et Lucrèce ont testé un préservatif poreux destiné à ceux qui veulent mourir par contamination sexuelle. C'est ainsi qu'est né le petit dernier, Alan, que la nature a doté d'un horrible défaut : il adore la vie. Un enfant pareil, c'est un coup du sort. Il console les clients, sème une joyeuse pagaille avec son sens de l'humour et ses chansons. Mishima en fait une dépression et doit s'aliter quelques jours, le temps pour Alan de métamorphoser la boutique avec l'aide de sa mère, sa soeur et son frère, atteints par son optimisme. Dorénavant, le M.D.S. (Magasin des Suicides) devient une sorte de M.J.C. locale où les clients se retrouvent pour faire la fête et chercher des solutions à l'avenir du monde. Tout cela se terminera peut-être dans une sorte d'apothéose, car, finalement, le pire n'est jamais sûr!"

Mon avis:
Après un passage de Jean Teulé dans une émission télévisée, j'ai immédiatement eu envie d'aller acheter ce livre. Pourquoi ? Car les romans d'humour noir sont un style trop peu présent dans les rayons de nos librairies. En tous cas, à mon goût. En découvrant la quatrième de couverture, j'ai été définitivement convaincue, grâce à un slogan commercial assez choc: "Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort !". Impertinent, dérangeant, macabre...cet avant-goût est plus que prometteur, n'est-ce pas ?
Les Tuvache se sont un peu les nouveaux membres de la Famille Adams, excepté le petit Alan, le déshonneur de la tribu, qui porte en lui une joie de vivre innée: un défaut impardonnable pour tout Tuvache qui se respecte et qui fait de la mort son fond de commerce depuis 10 générations. Jean Teulé, avec une plume plutôt caustique qui égratigne au passage les petits détaillants, ose aborder avec humour le thème du suicide: sujet souvent tabou dans nos sociétés, douloureux et sur lequel est il toujours délicat ou malhabile de plaisanter. Mais avec son style à la fois morbide et désopilant, il parvient à démystifier les non-dits qui gravitent autour de la mort volontaire. Par un retournement de situation des plus adroit, il arrive même à nous offrir au final un bel hymne au positivisme, qui porterait plutôt le message suivant: "profitons de la vie à chaque minute qui s'écoule". Alors certes, la fin peut dérouter, paraître hors-contexte par rapport au reste du récit, sembler trop "happy-ending" comme les américains savent si bien le faire, mais je crois que Jean Teulé voulait ironiser, provoquer les âmes bien pensantes, mais en aucun cas choquer ou blesser. Alors je n'ai qu'un conseil: n'hésitez pas à venir "tuer" vos zygomatiques chez les Tuvache, vous ne serez pas déçu par leur sens bien personnel du commerce !

Emilie Genévrier